Vietnam et Cuba : un «communisme» de résistance face à l’impérialisme américain. Dans la dynamique de la Guerre Froide (1945-1991), communisme et lutte contre l’impérialisme américain finissent étroitement confondus. De petits pays résistant contre la présence post-coloniale des américains sur leur territoire produiront des «révolutions communistes», actes de rébellions micro-nationales n’ayant de plus en plus de communistes que le nom. Le Vietnam et Cuba sont les exemples les plus représentatifs de ça. Leur sort est d’ailleurs bien plus interconnecté qu’on ne le pense.

Dans l’ancienne Indochine française, le colonialisme français à l’ancienne se fait sortir fermement par les partisans vietnamiens, à la bataille de Dien Bien Phû (1953). La Chine de Mao brille alors comme un soleil ardent et la logique de confrontation des blocs de l’ouest et de l’est est déjà solidement en place. Les américains prendront donc le relais des français pour tenter de garder le Vietnam dans le camp capitaliste. Le pays est coupé en deux, comme les Corées. Ho chi Minh, chef du Vietcong fait de Hanoi sa capitale provisoire. Il travaille avec les chinois, tout discrètement. Mais surtout, il est «communiste». Les américains eux, occupent ouvertement Saigon et le Vietnam sud.

Comme si les affaires de l’impérialisme américain n’allaient pas assez mal comme ça, en 1959, un obscur dictateur cubain du nom de Fulgencio Batista, qui a littéralement vendu son île par morceaux à des propriétaires de casinos floridiens, se fait renverser par une poignée de barbus qui se gagnent rapidement un appui populaire durable sous la houlette d’un chef charismatique jeune et vigoureux: Fidel Castro. Castro tente un rapprochement avec les américains mais se fait traiter comme un pur et simple bandit pour avoir saisi unilatéralement et nationalisé les immenses portions de l’île de Cuba que Batista avait antérieurement vendu à des intérêts, justement, américains. Les Floridiens ne récupéreront pas un centime de leur mise et en voudront à Castro pour longtemps. Pas énervé pour deux sous par l’attitude intransigeante des américains, Castro, résolu et frondeur, joue le jeu de la guerre froide à fond et se tourne ouvertement vers les soviétiques. Il devient alors très officiellement, lui aussi, «communiste». Il introduit des reformes sociales effectives, notamment en matière d’éducation et de santé publique. C’est un socialiste dans les faits mais aussi un allié stratégique de l’URSS, à 200 kilomètres au sud de la Floride. Vers 1960-1962, éclate la crise de la Baie des Cochons. En réponse à l‘installation par les américains de fusées intercontinentales en Turquie, l’URSS décide d’en installer à Cuba. Les américains instaurent un blocus maritime de l’île de Cuba, vers laquelle des convois maritimes soviétiques se rendent. Les marines de guerre des deux superpuissances se frôlent, se toisent, au large de Cuba, et la tension internationale est si grande qu’on passe bien proche du déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Les choses se calment finalement par la diplomatie, les soviétiques démantèlent leurs fusées à Cuba, les américains en font autant en Turquie et il y a détente. La diplomatie américaine est par contre forcée de laisser les «communistes» cubains tranquille. Et ces derniers finissent avec une société originale, socialisante mais aussi excessivement militarisée pour ce que leurs capacités économiques peuvent rencontrer. Contrairement à Salvator Allende du Chili (tué par des militaires pro-américains en 1973), Castro survivra tous les coups tordus qu’on tentera contre lui (il est aujourd’hui retraité). Son alliance avec les soviétiques déclinera tout graduellement au profit d’une discrète unité commerciale avec l’Europe occidentale, tandis que le boycott américain de Cuba se poursuivra et se poursuit encore.

Dans l’existence de petits pays «communistes» comme Cuba ou le Vietnam, tout se joue, dans un monde en guerre froide, au rythme des lourds soubresauts de l’impérialisme américain. Entre 1965 et 1968, les États-Unis renforcent leur présence au Vietnam. Ils sont pris dans un paradoxe qu’ils ne pourront pas résoudre: comment gagner cette guerre contre des résistants pugnaces, dans la jungle indochinoise, sans la tourner en conflit international généralisé? Comment faire sauter une bombe dans un aquarium sans casser l’aquarium? Un autre problème devient de plus en plus ardu pour les américains. Leur propre opinion publique est désormais bien moins docile et va-t-en-guerre que du temps du Débarquement de Normandie. Bob Dylan et Joan Baez chantent contre la guerre et toute la génération du Peace and Love devient Draft Dodgers. En 1975, les américains ne peuvent plus tenir cette équation en équilibre. Ils perdent la guerre du Vietnam. Saigon est rebaptisée Ho Chi Minh Ville et le Vietnam est unifié et pacifié, sous le drapeau rouge. Aujourd’hui c’est un des pays les plus prospères d’Asie, toujours sous la houlette politique d’un Parti «Communiste».

Cuba et le Vietnam sont-ils des pays ayant instauré le «communisme»? Comme la Chine, mais sur une plus petite échelle, ce sont des pays qui one mené une lutte contre le vieil euro-colonialisme. Comme la Chine, mais sur une plus grande échelle, ce sont des pays qui one mené -et gagné- la lutte de résistance contre l’impérialisme américain. Voici donc encore des causes nationales circonscrites qui ont teint leur drapeau en rouge pour qu’il claque mieux dans la fibre émotionnelle de leur temps…  Mais l’homme nouveau, dans tout cela, où est-il?