Retour sur la définition du communisme dans le Manifeste. La révolution iranienne de 1979 sera la première révolution républicaine non-communiste après 1917. Comme les vieilles révolutions républicaines, teintes en rouge ou non, du siècle dernier, elle abattra un monarque antique (le Shah d’Iran) et remplacera la monarchie par un régime présidentiel. Elle sortira aussi des voleurs de ressources coloniaux et compradore (le pétrole, dont le contrôle échappera aux britanniques puis aux américains). Elle produira aussi une dérive dictatoriale et militariste, la théocratie des Ayatollah (qui s’engagera, en 1981, dans une terrible guerre contre l’Irak). Une différence essentielle distinguera cette révolution républicaine de toutes celles survenues depuis 1917: elle ne se réclamera pas du communisme mais de l’islamisme.

Le fait est que le programme révolutionnaire dit «communiste» est maintenant, lui aussi, discrédité par l’usure violente et sanglante de l’Histoire. Les monarchies et le colonialisme sont tombés mais le rouge intégral du siècle dernier est aussi peu crédible désormais que l’avait été le bleu-blanc-rouge des siècles antérieurs. Il y a un hiatus entre ce que la révolution fait (abolir la féodalité, restreindre le colonialisme, instaurer l’indépendance nationale, industrialiser) et ce qu’elle promet, bien utopiquement (la  «liberté», l’ «égalité», le «communisme»). L’abolition de la propriété privée des ressources et du mode de production capitaliste, son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale et le contrôle de tous les leviers de pouvoir par ceux qui travaillent, ne sont cependant tout simplement pas encore là. La définition du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collections d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au grée de l’histoire (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre. Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et discréditer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal. Pourquoi? Tout simplement parce que cet idéal raté, cette utopie non réalisée, ce programme futuriste, saboté par les accapareurs économiques, les agresseurs politiques et les calomniateurs médiatiques a, comme principe définitoire, la destruction du capitalisme et des classes de possédants qui vivent parasitairement de cet ordre social injuste et inéquitable, vieux de huit cent ans. Le communisme n’existe même pas vraiment, et son spectre continue pourtant de hanter le monde, sous la forme de la conscience coupable rouge sang, du capitalisme, qui s’en prend encore à lui comme à un fantôme, si épeurant, parce que si culpabilisant.

La force des utopies c’est que, malgré tout, sous une forme ou sous une autre, elles s’en viennent vers nous…